Romans durs

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  • la chambre bleue

    La chambre bleue

    7,90 

    – Je t’ai fait mal ?
    – Non.
    – Tu m’en veux ?
    – Non.
    C’était vrai. A ce moment-là, tout était vrai, puisqu’il vivait la scène à l’état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu’il y aurait un jour quelque chose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d’où sortait un filet de sperme.
    Etait-il heureux ? Si on le lui avait demandé, il aurait répondu oui sans hésiter.
    L’idée ne lui venait pas d’en vouloir à Andrée de lui avoir mordu la lèvre. Cela faisait partie d’un tout, comme le reste, et, debout, nu lui aussi, devant le miroir du lavabo, il tapotait sa lèvre avec la serviette imbibée d’eau fraîche.
    – Ta femme va te poser des questions ?
    – Je ne crois pas.
    – Elle t’en pose parfois ?

  • La rue aux trois poussins

    La rue aux trois poussins

    6,90 

    Il y a un quart d’heure à peine que Mme Romond, la grosse toujours en négligé, a lavé son seuil de deux marches et sa portion de trottoir. Si bien que devant sa maison il y a un rectangle bien dessiné de pavés qui paraissent noirs et qui reluisent. La semaine passée, l’agent de police est allé de maison en maison pour rappeler aux gens qu’ils devaient arracher l’herbe entre les pavés et, pendant toute une journée, on a entendu le crissement des couteaux sur la pierre.

  • Les anneaux de Bicêtre

    les Anneaux de Bicêtre

    6,90 

    Huit heures du soir. Pour des millions d’humains, chacun dans sa case, dans le petit monde qu’il s’est créé ou qu’il subit, une journée bien déterminée s’achève, froide et brumeuse, celle du mercredi 3 février.
    Pour René Maugras, il n’y a pas d’heure ni de jour et ce n’est que plus tard que la question du temps écoulé le tracassera. Il est encore tout au fond d’un trou aussi obscur que les abysses des océans, sans contact avec l’univers extérieur. Son bras droit, pourtant, à son insu, commence à s’agiter d’une façon spasmodique, cependant que sa joue se gonfle comiquement à chaque expiration.

  • Les autres

    Les autres

    6,20 

    L’oncle Antoine est mort mardi, la veille de la Toussaint, vers onze heures du soir  vraisemblablement. La même nuit, Colette a tenté de se jeter par la fenêtre. À peu près dans le même temps, on apprenait qu’Édouard était revenu et que plusieurs personnes l’avaient aperçu en ville.
    Tout cela a créé des remous dans la famille qu’on a vue hier, à l’enterrement, pour la première fois au complet depuis des années. Ce soir, dimanche, il pleut à nouveau. Des rafales secouent les volets, font vibrer les vitres et l’eau coule intarissablement dans la gouttière qui descend à un mètre de ma fenêtre.
    Dans le jardin public entouré de grilles qu’on appelle le Jardin Botanique, les arbres se courbent et des branches cassées, dans les allées, se mêlent aux feuilles mortes.

  • La porte

    La Porte

    7,40 

    Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d’activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie.

  • Le train

    Le train

    7,40 

    Quand je me suis éveillé, les rideaux de toile écrue laissaient filtrer dans la chambre une lumière jaunâtre que je connaissais bien. Nos fenêtres, au premier étage, n’ont pas de volets. Il n’y en a à aucune maison de la rue. J’entendais, sur la table de nuit, le tic-tac du réveille-matin et, à côté de moi, la respiration scandée de ma femme, presque aussi sonore que celle des patients, au cinéma, pendant une opération. Elle était alors enceinte de sept mois et demi.

  • Betty

    Betty

    6,20 

    – Vous désirez manger quelque chose ?
    Elle fit non de la tête. Il lui semblait que la voix qu’elle entendait n’avait pas un son naturel, comme si on avait parlé derrière une vitre.
    – Remarquez que quand je dis manger quelque chose, cela veut dire du lapin, car, comme vous pouvez le voir autour de vous, aujourd’hui c’est le jour du lapin. Tant pis si vous n’aimez pas ça.
    Lorsque c’est le jour de la morue, il n’y a que de la morue…

  • L'ours en peluche

    l’Ours en peluche

    7,40 

    Un ours en peluche dans un lit d’enfant : c’est l’image qui vient à l’esprit du professeur Chabot, gynécologue réputé, en surprenant une jeune garde de nuit endormie dans sa clinique d’Auteuil. Et cet homme de quarante-neuf ans, las d’une existence harassante et d’une vie familiale qui n’est plus que routine, va laisser l’attendrissement se transformer en désir… Il apprend quelque temps plus tard que la jeune Emma, enceinte, congédiée de la clinique, s’est jetée dans la Seine. Est-ce pour cela qu’un inconnu entreprend de le surveiller et lui adresse des menaces de mort ? Pour le brillant médecin, envahi par la culpabilité, commence une descente aux enfers qui le mènera au pire…

  • Le veuf

    Le veuf

    7,40 

    Il n’avait pas plus de prémonition que les voyageurs qui, dans un train, mangent au wagon-restaurant, lisent, bavardent, sommeillent ou regardent défiler la campagne quelques instants avant la catastrophe. Il marchait, sans s’étonner de l’aspect de vacances que Paris venait de prendre presque du jour au lendemain. N’en est-il pas ainsi tous les ans, à la même époque, avec les mêmes journées de chaleur pénible et le désagrément des vêtements qui collent à la peau ?

  • Le vieille

    La vieille

    6,20 

    Sous la voûte, aussi froide et humide qu’une cave, le commissaire de police s’arrêta un instant, regarda l’heure à son bracelet-montre et, secouant son pardessus, envoya des gouttes de neige fondue sur le carrelage où elles s’agrandirent comme sur du buvard. Il était onze heures cinq. Quand il s’était présenté une première fois, à neuf heures et demie, la concierge, encore jeune, presque jolie, qui occupait une loge confortable, ne s’était pas laissé impressionner par son titre, ni par la politesse qu’il lui marquait, et lui avait répondu avec une certaine hargne. – Je suppose que vous ne venez pas pour arrêter cette demoiselle ?

  • Dimanche

    Dimanche

    7,40 

    Il n’avait jamais eu besoin de réveille-matin et depuis un certain temps déjà, les yeux clos, il était conscient du soleil qui se glissait entre les deux minces fentes des volets, quand il entendit enfin une sonnerie étouffée dans la chambre d’en haut. C’était une mansarde étroite, juste au-dessus de sa tête. Il en connaissait tous les recoins, le lit de fer et sa couverture rouge sombre, la cuvette sur un trépied en bois tourné et le broc d’émail par terre, le morceau de tapis brun qui n’était jamais à sa place, et il aurait pu dessiner le contour des taches sur les murs blanchis à la chaux, l’étroit cadre noir de guingois, autour d’une Vierge en robe bleu ciel.

  • Le passage de la ligne

    Le passage de la ligne

    5,90 

    J’ai franchi trois fois la ligne, la première fois en fraude, avec l’aide d’un passeur, en quelque sorte, une fois au moins légitimement, et je suis sans doute un des rares à être retourné de plein gré à son point de départ.

  • Le président

    Le président

    7,40 

    Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu’il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s’il n’a plus guère d’illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d’élever la voix. Chalamont – il le sait, il en détient l’aveu signé – n’est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l’Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme… Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l’anéantissement.

  • Strip-tease

    Strip-tease

    6,20 

    A trente-deux ans, Célita, strip-teaseuse au Monico, à Cannes voit avec anxiété pâlir son étoile. Son seul espoir : succéder bientôt à Florence, sa patronne, gravement malade, dont elle s’est attaché le mari, Léon, d’une façon qu’elle croit sûre.Mais tout est compromis le jour où Maud, une débutante de dix-neuf ans, ravissante et faussement ingénue, franchit pour la première fois le seuil du Monico. La clientèle s’enthousiasme, et Léon en fait bientôt la vedette du spectacle.

  • Le nègre

    Le nègre

    0,00 

    Un jour, le cadavre d’un Noir est découvert près de la ligne du chemin de fer. L’hypothèse qui prévaut est que, devant descendre à Versins et n’ayant pas remarqué l’arrêt, l’homme a sauté en marche après le départ du train, dans la courbe proche. Mais Théo en sait plus que les autres : à la nuit tombante, le train étant reparti, il a vu le nègre prendre la direction de Versins. Son heure est donc venue : il va « leur montrer » son importance… Cependant, s’il y a eu crime, quel en est le mobile ?

  • Le fils

    Le fils

    7,40 

     » Est-ce que ces deux mots-là te font sourire ? Suffisent ils à trahir ma gêne ? Je n’ai pas l’habitude de t’écrire. Au fait, je me rends soudain compte que je ne t’ai plus écrit depuis le temps où, enfant, tu partais en vacances plus tôt que moi avec ta mère et où je t’envoyais de courts billets.

    Je commençais le plus souvent par «Fiston», parfois par «Grand garçon», quelquefois, je m’en souviens, par «Petit homme». Dans la vie de tous les jours je dis «fils» et, quand j’ai essayé d’écrire ce mot seul en haut de ma page, il m’a paru à la fois nu et solennel.. «Mon fils», d’autre part, me fait penser à un testament. «