Romans durs

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  • Les Pitard

    Les Pitard

    8,10 

    Ne fais pas trop le malin. Quelqu’un qui sait ce qu’il dit t’annonce que le Tonnerre de Dieu n’arrivera pas à bon port. Ce quelqu’un a bien l’honneur de te saluer et de dire le bonjour à Mathilde.  » Qui a bien pu écrire ces lignes couchées sur une feuille de mauvais papier qu’Émile vient de trouver dans sa cabine ? Qui ose lui gâcher son plaisir alors qu’il vient tout juste d’acheter son cargo après des années de labeur ? Et pourquoi mentionner Mathilde, son épouse ? Comment expliquer qu’Émile se sente à ce point surveillé alors que rien ne va comme prévu ?

  • Les suicidés - Georges Simenon

    Les suicidés

    6,60 

    Il n’y avait qu’une table dans un coin. Il y installa sa compagne, devant une feuille de papier, et dicta :  » Mes chers parents, Ne me faites pas rechercher. Je suis heureuse. Si on essayait de me ramener à la maison je me tuerais…  » Elle écrivit, sans le regarder. Il frémissait. Chaque mot tracé sur le papier était une nouvelle victoire. Il eut une inquiétude, la dictée fini, quand il vit la plume s’abaisser à nouveau sur la feuille.  » Pardon, papa « , ajouta-t-elle.

  • Le locataire

    Le Locataire

    5,90 

    Élie Nagéar doit se cacher après avoir assassiné, pour le voler, un très riche Hollandais dans un train. Il se réfugie dans la pension pour étudiants que tient Mme Baron, la mère de sa maîtresse, à Charleroi. C’est dans la cuisine qu’il passe le plus clair de son temps, à guetter les autres locataires, de plus en plus soupçonneux…

  • La folle d'Itteville

    La folle d’Itteville

    4,95 

    L’inspecteur G7 est appelé à Itteville. Devant une maison, au bord d’un carrefour, le receveur des postes a découvert une femme agenouillée devant un cadavre, qu’il reconnaît comme celui du docteur Canut. Si quand arrivent les gendarmes la femme est toujours là, ce n’est plus le même cadavre, mais celui d’un inconnu.

  • L'homme de Londres

    L’homme de Londres

    6,40 

    Au moment même, on les prend pour des heures comme les autres et après coup seulement, on s’aperçoit que c’étaient des heures exceptionnelles, on s’acharne à en reconstituer le fil perdu, à en remettre bout à bout les minutes éparses.
    Pourquoi, ce soir-là, Maloin était-il parti de chez lui de mauvaise humeur ? On avait dîné à sept heures, comme d’habitude. Il y avait des harengs grillés, puisque c’était la saison. Ernest, le gamin, avait mangé proprement.
    Maintenant, Maloin se souvenait que sa femme avait dit : Henriette est venue tout à l’heure.
    Encore !
    Ce n’est pas parce que sa fille était bonne à tout faire dans la même ville, presque dans le même quartier, qu’elle devait accourir chez elle sous tous les prétextes. Sans compter que c’était toujours pour se plaindre.
    M. Laîné avait dit ceci, ou Mme Laîné avait dit cela.
    Il se pourrait que la place soit libre chez le pharmacien, où c’est tout de même plus propre que chez un boucher.

  • Le haut mal

    Le Haut Mal

    6,20 

    Le gamin poussa la porte et annonça, en regardant la femme de ménage qui, les mains sanglantes, vidait les lapins :
    – La vache est morte.
    Son vif regard d’écureuil fouillait la cuisine, à la recherche d’un objet ou d’une idée, de quelque chose à faire, à dire ou à manger et il se balançait sur une jambe tandis que sa sœur, ronde et frisée comme une poupée, arrivait à son tour.
    – Allez jouer, prononça Mme Pontreau avec impatience.
    – La vache est morte !
    – Je le sais.
    – Vous ne pouvez pas le savoir, puisqu’elle vient de mourir.
    Mme Pontreau se leva, bouscula le gamin.
    – Toi aussi, va jouer, cria-t-elle à la petite fille.
    Et elle referma la porte, tandis que, dehors, les gosses cherchaient une occupation.
    Mme Pontreau n’avait pas menti. Elle savait que la vache était morte. Elle était au courant de tout ce qui se passait à la ferme.

  • Les gens d'en face

    Les Gens d’en face

    7,40 

    – Comment ! vous avez du pain blanc !
    Les deux Persans entraient dans le salon, le consul et sa femme, et c’était celle-ci qui s’extasiait devant la table couverte de sandwiches joliment arrangés.
    Or, il n’y avait pas une minute qu’on disait à Adil bey :
    – Il n’existe que trois consulats à Batum : le vôtre, celui de Perse et le nôtre. Mais les Persans sont infréquentables.
    C’était Mme Pendelli qui parlait ainsi, la femme du consul d’Italie, et celui-ci, affalé dans un fauteuil, fumait une mince cigarette à bout rose. Les deux femmes se rejoignirent en souriant au milieu du salon au moment précis où des sons, qui n’avaient été jusque-là qu’une rumeur vague dans la ville ensoleillée, s’amplifiaient et soudain, au coin de la rue, éclataient en fanfare.
    Alors tout le monde gagna la véranda pour regarder le cortège.

  • L'âne rouge

    L’Âne-Rouge

    6,20 

    Un navire qui descendait la Loire lança deux coups de sirène pour annoncer qu’il évoluait sur tribord et le cargo qui montait répondit par deux coups lointains qu’il était d’accord. Au même moment le marchand de poisson passait dans la rue en criant et en poussant sa charrette qui sautait sur les pavés. Avant d’ouvrir les yeux, Jean Cholet eut encore une autre sensation : celle d’un vide ou d’un changement. Ce qui manquait, c’était le crépitement de la pluie sur le zinc du toit voisin, qui avait accompagné son sommeil pendant la plus grande partie de la nuit. Maintenant, il y avait du soleil. Il en avait plein les paupières closes.

  • La maison du canal

    La Maison du canal

    7,40 

    Dans le flot de voyageurs qui coulait par saccades vers la sortie, elle était la seule à ne pas se presser. Son sac de voyage à la main, la tête dressée sous le voile de deuil, elle attendit son tour de tendre son billet à l’employé, puis elle fit quelques pas.
    Quand elle avait pris le train, à Bruxelles, il était six heures du matin et l’obscurité était lourde de pluie glacée. Le compartiment de troisième classe était mouillé lui aussi, plancher mouillé sous les pieds boueux, cloisons mouillées par une buée visqueuse, vitres mouillées, dedans et dehors. Des gens aux vêtements mouillés sommeillaient.
    À  huit heures, juste à l’arrivée à Hasselt, on éteignit les lampes du convoi et celles de la gare. Dans les salles d’attente, les parapluies perdaient des rigoles d’eau fluide qui sentait la soie détrempée. Autour des poêles, des gens se séchaient et ils étaient presque en noir, comme Edmée. Etait-ce un hasard ? Le remarquait-elle parce qu’elle était en grand deuil ?

  • Le coup de lune

    Le coup de lune

    6,90 

    Avait-il une seule raison grave de s’inquiéter ? Non. Il ne s’était rien passé d’anormaI. Aucune menace ne pesait sur lui. C’était ridicule de perdre son sang-froid et il le savait si bien qu’ici encore, au milieu de la fête, il essayait de réagir.
    D’ailleurs, ce n’était pas de l’inquiétude à proprement parler et il aurait été incapable de dire à quel moment l’avait pris cette angoisse, ce malaise faits d’un déséquilibre imperceptible.
    Pas au moment de quitter l’Europe, en tout cas. Au contraire, Joseph Timar était parti bravement, rouge d’enthousiasme.
    Lors du débarquement à Libreville, du premier contact avec le Gabon ? Le navire s’était arrêté en rade, si loin qu’on ne voyait de la terre qu’une ligne blanche, le sable, surmontée de la ligne sombre de la forêt. Il y avait de grandes houles grises qui soulevaient la vedette et l’envoyaient heurter la coque du paquebot.

  • Les fiançailles de monsieur Hire

    Les fiançailles de monsieur Hire

    7,40 

    La concierge toussota avant de frapper, articula en regardant le catalogue de la Belle-Jardinière qu’elle tenait à la main : « C’est une lettre pour vous, monsieur Hire. »
    Et elle serra son châle sur sa poitrine. On bougea derrière la porte brune. C’était tantôt à gauche, tantôt à droite, tantôt des pas, tantôt un froissement mou de tissu ou un heurt de faïences, et les yeux gris de la concierge semblaient, à travers le panneau, suivre à la piste le bruit invisible. Celui-ci se rapprocha enfin. La cIef tourna. Un rectangIe de lumière apparut, une tapisserie à fleurs jaunes, le marbre d’un lavabo. Un homme tendit la main, mais la concierge ne le vit pas, ou le vit mal, en tout cas n’y prit garde parce que son regard fureteur s’était accroché à un autre objet : une serviette imbibée de sang dont le rouge sombre tranchait sur le froid du marbre…

  • Les 13 mystères

    Les Treize mystères

    6,20 

    Joseph Leborgne compulsa quelques dossiers, choisit presque au hasard une chemise qu’il me tendit. Sur cette chemise, il s’était contenté de coller des mots découpés dans un journal, où ils avaient constitué un titre en caractères gras : L’affaire Lefrançois.
    – Une affaire pour débutant ! me dit-il. Je parie qu’après cinq minutes vous claironnez la solution. Et il ne s’occupa plus de moi. Il alla s’asseoir dans un fauteuil, devant le radiateur électrique, et il tira à lui un guéridon sur lequel était posé un pot de confiture chinoise. La plus mauvaise plaisanterie jouée à Joseph Leborgne avait été de l’appeler ainsi, car il portait son nom aussi mal que possible. C’était un homme de trente-cinq ans environ, plutôt petit et mince, extrêmement soigné. Il avait horreur des complications de la vie au point qu’il s’obstinait, étant célibataire, à vivre à l’hôtel, où il se faisait le plus souvent servir ses repas dans sa chambre.

  • Les 13 énigmes

    Les 13 énigmes

    6,20 

    Place Saint-Georges, une voiture rouge, de la série G.7, s’arrêta à quelques mètres de nous et une jeune femme en sortit vivement, tout emmitouflée de fourrures. Elle tendit un billet au chauffeur et s’en alla sans attendre la monnaie.
    – Prenez-le, dis-je, en désignant le taxi à mon compagnon.
    – Du tout ! Prenez-le, vous !
    – J’habite à deux pas d’ici…
    – Qu’importe ! Je vous en prie…
    Je cédai. Je lui tendis la main, bien que nous ne nous connussions que de fraîche date. Il me présenta sa main gauche, car, de toute la soirée, sa main droite était restée enfouie dans la poche de son veston. Et l’instant d’après, j’étais sur le point de le rappeler. Car je tombais brusquement en plein drame, en plein mystère. Dans la voiture où je m’étais engouffré, je heurtais quelque chose. J’avançais la main et je m’apercevais que c’était un corps humain.

  • Les 13 coupables

    Les treize coupables

    6,20 

    Les adversaires étaient de taille l’un et l’autre. Au point qu’au Parquet, l’opinion générale était que le juge d’instruction Froget allait enfin se casser le nez, ce qui n’était pas pour déplaire à tout le monde.
    Il était assis devant son bureau, dans une pose qui semblait inconfortable, une épaule plus haute que l’autre, la tête penchée.
    Comme toujours, il était noir et blanc : le blanc de sa chair, de ses cheveux taillés à la Bressant, et de son linge empesé ; le noir de son complet rigide.
    Tel quel, certes, il datait un peu. Maintes fois on s’était demandé s’il n’était pas encore atteint par la limite d’âge, car il y avait un lustre qu’il paraissait soixante ans.
    J’ai fréquenté dans sa maison du Champ-de-Mars et je voudrais me permettre une impression personnelle. Jamais homme ne m’a écrasé davantage, fait douter autant de mon opinion de moi-même que M. Froget.
    Je lui racontais une histoire. Il me regardait d’un air qui pouvait passer pour encourageant. Je terminais. J’attendais un avis, un commentaire, un sourire.

  • Le passager du Polarlys

    Le passager du Polarlys

    7,40 

    C’est une maladie qui s’attaque aux bateaux, dans toutes les mers du globe, et dont les causes appartiennent au grand domaine inconnu qu’on appelle le Hasard.
    Si ses débuts sont parfois bénins, ils ne peuvent échapper à l’œil d’un marin. Tout à coup, sans raison, un hauban éclate comme une corde de violon et arrache le bras d’un gabier. Ou bien le mousse s’ouvre le pouce en épluchant les pommes de terre et, le lendemain, le « mal blanc » le fait hurler.  À moins qu’il ne s’agisse d’une manœuvre loupée, d’un canot qui vienne se jeter étourdiment sur l’étrave.

  • Le relais d'Alsace

    Le Relais d’Alsace

    6,90 

    Gredel et Lena, les deux servantes si pareilles avec leurs cheveux ébouriffés et leur visage de poupée, dressaient les couverts sur six tables, les plus proches du comptoir, posaient sur la nappe à petits carreaux rouges les verres de couleur, à long pied, destinés au vin d’Alsace.
    Accoudée à la caisse, Mme Keller chuchotait et son mari l’écoutait, debout, en se balançant un peu sur sa béquille. Ils employaient entre eux le patoisalsacien.
    « C’est bien entendu ? Je lui parle ? » disait Mme Keller, qui tenait par habitude un crayon à la main.