Il n’avait jamais eu besoin de réveille-matin et depuis un certain temps déjà, les yeux clos, il était conscient du soleil qui se glissait entre les deux minces fentes des volets, quand il entendit enfin une sonnerie étouffée dans la chambre d’en haut. C’était une mansarde étroite, juste au-dessus de sa tête. Il en connaissait tous les recoins, le lit de fer et sa couverture rouge sombre, la cuvette sur un trépied en bois tourné et le broc d’émail par terre, le morceau de tapis brun qui n’était jamais à sa place, et il aurait pu dessiner le contour des taches sur les murs blanchis à la chaux, l’étroit cadre noir de guingois, autour d’une Vierge en robe bleu ciel.
J’ai franchi trois fois la ligne, la première fois en fraude, avec l’aide d’un passeur, en quelque sorte, une fois au moins légitimement, et je suis sans doute un des rares à être retourné de plein gré à son point de départ.
Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu’il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s’il n’a plus guère d’illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d’élever la voix. Chalamont – il le sait, il en détient l’aveu signé – n’est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l’Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme… Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l’anéantissement.
Qui dit la vérité ? Le nommé Marton, personnage inquiet et fragile, convaincu que sa femme veut l’empoisonner à petit feu ? Ou la froide Gisèle Marton, qui affirme avec un léger mépris que son mari est neurasthénique ? L’un et l’autre en tout cas sont assez étranges pour éveiller la curiosité et le flair de Maigret. Lequel découvrira sans trop de peine l’amant de Gisèle Marton, et les tendres sentiments qui unissent Xavier Marton à sa belle-soeur. Pas de quoi déranger un commissaire. Quand il y aura bel et bien un mort, ce sera différent.
A trente-deux ans, Célita, strip-teaseuse au Monico, à Cannes voit avec anxiété pâlir son étoile. Son seul espoir : succéder bientôt à Florence, sa patronne, gravement malade, dont elle s’est attaché le mari, Léon, d’une façon qu’elle croit sûre.Mais tout est compromis le jour où Maud, une débutante de dix-neuf ans, ravissante et faussement ingénue, franchit pour la première fois le seuil du Monico. La clientèle s’enthousiasme, et Léon en fait bientôt la vedette du spectacle.
Les affaires les plus empoisonnantes sont celles qui ont l’air si banales au début qu’on ne leur attache pas d’importance. C’est un peu comme ces maladies qui commencent d’une façon sourde, par de vagues malaises. Quand on les prend enfin au sérieux, il est souvent trop tard.
C’était Maigret qui avait dit ça, jadis, à l’inspecteur Janvier, un soir qu’ils s’en revenaient tous les deux par le Pont-Neuf au Quai des Orfèvres.
Mais, cette nuit, Maigret ne commentait pas les événements qui se déroulaient, car il dormait profondément, dans son appartement du boulevard Richard-Lenoir à côté de Mme Maigret.
Un jour, le cadavre d’un Noir est découvert près de la ligne du chemin de fer. L’hypothèse qui prévaut est que, devant descendre à Versins et n’ayant pas remarqué l’arrêt, l’homme a sauté en marche après le départ du train, dans la courbe proche. Mais Théo en sait plus que les autres : à la nuit tombante, le train étant reparti, il a vu le nègre prendre la direction de Versins. Son heure est donc venue : il va « leur montrer » son importance… Cependant, s’il y a eu crime, quel en est le mobile ?
» Est-ce que ces deux mots-là te font sourire ? Suffisent ils à trahir ma gêne ? Je n’ai pas l’habitude de t’écrire. Au fait, je me rends soudain compte que je ne t’ai plus écrit depuis le temps où, enfant, tu partais en vacances plus tôt que moi avec ta mère et où je t’envoyais de courts billets.
Je commençais le plus souvent par «Fiston», parfois par «Grand garçon», quelquefois, je m’en souviens, par «Petit homme». Dans la vie de tous les jours je dis «fils» et, quand j’ai essayé d’écrire ce mot seul en haut de ma page, il m’a paru à la fois nu et solennel.. «Mon fils», d’autre part, me fait penser à un testament. «
Le petit vieux à barbichette sortait à nouveau de l’ombre de l’entrepôt, à reculons, regardait à gauche et à droite, avec un geste des deux mains comme pour attirer vers lui le lourd camion dont il dirigeait la manœuvre. Ses mains disaient :
– Un peu à droite… Là… Tout droit… Doucement…A gauche… maintenant… Braquez…
Et le camion, en marche arrière aussi, traversait maladroitement le trottoir, s’engageait dans la rue où le petit vieux, maintenant, faisait signe aux voitures de s’arrêter un instant.
Lorsqu’on demande à Jonas Milk, le petit bouquiniste et philatéliste du Vieux-Marché, où est passée sa jeune et jolie femme Gina, il répond évasivement qu’elle est allée à Bourges. Mais à mesure que les jours passent, cette réponse apparaît de plus en plus insuffisante ; et bientôt les ragots, les soupçons, l’hostilité de toute la ville se concentrent autour du petit homme d’Arkhangelsk, Russe naturalisé français, mais finalement resté aux yeux de tous l’étranger… Jonas est innocent, pourtant. Mais il faut croire qu’il appartient à un monde où les innocents sont faits pour devenir des victimes… Le créateur de Maigret, disparu en 1989, nous conte ici à petites touches, en observateur attentif des mœurs provinciales et de la nature humaine, un drame de la solitude. Sans lyrisme ni pathétique, il nous fait partager sa compassion. On se dit en refermant le livre que l’on a dû aussi, sans le savoir, côtoyer des Jonas Milk.
C’est à peine si Joseph, le garçon de bureau, fit, en grattant la porte, le bruit léger d’une souris qui trottine. Il entrouvrit l’huis sans un craquement, surgit si silencieusement dans le bureau de Maigret qu’avec son crâne chauve auréolé de cheveux blancs presque immatériels, il aurait pu jouer les fantômes. Le commissaire, penché sur des dossiers, la mâchoire serrée sur le tuyau de sa pipe, ne leva pas la tête et Joseph resta immobile.
Les femmes, Lucien Gobillot les connaît : à quarante-cinq ans , et bien que marié, cet avocat à la carrière brillante, due à un mariage ambitieux et à quelques complaisances, multiplie les aventures sans lendemain. Tout change lorsque Yvette accusée d’agression contre un vieil horloger, fait irruption dans son cabinet, prête à le payer de ses charmes. L’avocat parvient à la faire acquitter. Commence alors une histoire amoureuse qui va l’entraîner plus loin qu’il n’eût voulu aller, dans une aventure où surgiront la menace, puis le crime… D’un côté, le confort moral et l’hypocrisie d’un homme « arrivé » ; de l’autre, un monde louche, sordide mais fascinant.
Seule Edmonde, sa secrétaire, connaît le terrible secret qui ronge l’industriel Joseph Lambert. Elle était dans la voiture. Elles sait pourquoi Lambert, distrait, a laissé le véhicule rouler au milieu de la chaussée. Et quel drame atroce a résulté d’un moment d’égarement sensuel…
Elle ne dira rien. Quant à Joseph, c’est en vain qu’il cherchera le réconfort auprès de Nicole, sa femme, avec qui il n’a jamais eu de contact réel, ou de la facile Léa, sa maîtresse occasionnelle. Pas plus qu’à son frère, qui dirige avec lui l’entreprise familiale, il ne peut leur dire la vérité.
En six mois, cinq femmes seules ont été assassinées à Montmartre. Un défi pour Maigret : une conversation avec un psychiatre lui fait découvrir qu’il lui faut dabord comprendre le mécanisme mental de l’assassin.
En annonçant larrestation dun faux coupable, il espère pousser le vrai à se manifester de nouveau. Le dispositif policier exceptionnel mis en place à cette occasion va se révéler efficace.
Encore faut-il comprendre les motifs du criminel. Et lorsqu’un nouveau meurtre intervient après son arrestation, deviner qui cherche ainsi à l’innocenter…
Le petit moteur de la tondeuse à gazon communiquait sa trépidation au bras de Higgins et, par son bras, à son corps entier, de sorte qu’il n’avait plus l’impression de vivre au rythme de son propre coeur mais à celui de la machine. Rien que dans la rue, il y en avait trois, plus ou moins pareilles, qui fonctionnaient en même temps, avec le même bruit rageur, parfois des ratés, et, quand l’une d’entre elles s’arrêtait, on en entendait d’autres plus loin dans le quartier.
L’un après l’autre, les morceaux d’un cadavre, découverts par des mariniers, sortent des eaux du canal Saint-Martin, au-dessus de l’écluse des Récollets. Seule la tête demeure introuvable. C’est dans un bistro voisin, sur le quai de Valmy, que Maigret va entreprendre de humer les mystères du quartier. Le patron du café, Omer Callas, est absent : au dire de sa femme Aline, il s’approvisionne en vins dans la région de Poitiers. Le policier a tôt fait de repérer les amants – l’un régulier, l’autre occasionnel – de cette femme évasive et sèche, adonnée à la boisson. Peu à peu l’étau se resserre autour d’elle